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Rick Jacquet, Marc Stevens. Deux êtres partageant le même corps. Le point de départ de Disorder lorgne immédiatement vers la difficulté. Définitivement ancré dans le cinéma
expérimental, le réalisateur Rick Jacquet intègre à cette houleuse histoire de schizophrénie une étude de son film précédent. L’expérience Arakard, même reniée en bloc par le réalisateur,
voguera comme toile de fond à toute l’intrigue de Disorder, comme s’il s’agissait d’un acte dont les conséquences en découlent aujourd’hui encore. Dès lors, Rick Jacquet n’est pas
seulement un jeune esprit perdu au milieu de diverses personnalités, mais un nomade cherchant à aller au bout de son œuvre pour passer à l’étape suivante, au risque de s’égarer en pleine
folie névrotique. Et en plus de ses différentes facettes de personnalités, Rick/Marc va devoir affronter des démons intérieurs qui ne tarderont pas à se matérialiser sous ses yeux pour
mieux l’embrouiller.

Semi autobiographique, Disorder (anciennement My Life) s’écarte un moment du thème cher au réalisateur (le voyeurisme) pour plonger entièrement dans celui de la quête de l’identité. Après
une première expérience de cinéma amateur houleuse (voire désastreuse selon les premiers concernés), le réalisateur cherche à affronter l’après Arakard en effectuant un travail personnel
riche et original. Le spectateur n’aura donc pas à chercher vraiment qui est Rick Jacquet et qui est Marc Stevens ou même qui l’emportera des deux, mais cerner au mieux quelle issue aura
choisi le réalisateur lui-même.

Cette façon d’expier ses ‘péchés’ permet même au réalisateur d’intégrer d’autres séquences de ses précédents essais cinématographiques, ouvrant la porte à des situations comiques de
premier ordre (les extraits de Les Cigarettes Tueuses, Les Deux Guerriers et Les Trois Guerriers sont irrésistibles), tandis que les séquences d’Arakard servent à exposer la
complémentarité des scènes de casting, voire à discuter ouvertement des qualités et défauts du métrage lors d’un débat illustré de séquences intégrées à la pellicule. Les extraits,
minutieusement sélectionnés, des précédents essais du réalisateur permettront également d’exposer avec flagrance les progrès en matière d’éclairage et de réalisation. La recherche
visuelle est importante dans Disorder, les difficultés du scénario trouvant souvent des réponses dans la lumière et dans les couleurs. La fragilité de l’interprétation (de la part des
acteurs secondaires) sera palliée par ces nombreux effets numériques.

Moins fataliste que Arakard, Disorder peut aussi être vu comme une palette d’essais filmiques passant de la vidéo type ‘souvenir de vacances’ à la vue subjective de délires paranoïaques
sans oublier les entretiens de casting qui ouvrent la discussion avec la plupart des acteurs. Film fantôme qui peint à sa façon les méandres d’un esprit perfectionniste au milieu d’un
monde qui lui semble hagard et maladif, défiant toute logique, le montage du film suit les péripéties psychiques du héros, passant ainsi de la vie de tous les jours (plans vidéo à la
caisse du cinéma) à des délires excentriques déguisés en rêves (à cela, la scène de l’émission est une merveille d’inventivité et de comédie décalée). La réalisation se concentre sur ce
qui doit apparaître à l’écran, ignorant le gore pur et dur auquel se laissait tenter Arakard. On dénote certains défauts du côté du son, lors de dialogues partiellement inaudibles ou lors
d’ajout d’effets sonores trop brutaux pour faire suffisamment réaliste. Les jeunes acteurs vivent leurs émotions à 100%, parfois au détriment de leur personnage, laissant jaillir un
manque de naturel qui peut faire sourire mais qui ne dénote pas le plaisir ressenti durant le tournage. Dans Disorder, contrairement à Arakard, cette fraîcheur parfois naïve dans
l’interprétation ne sera pas négative, dans le sens où les acteurs se jouent davantage eux-mêmes que des personnages scénarisés. L’improvisation est autre mode de liberté voulu par le
réalisateur.

Le final, loin d’être aussi complexe qu’annoncé, utilise l’idée du pacte avec le diable comme subterfuge à apporter une finalité à cette histoire. On quitte tout lien avec la réalité pour
infiltrer un monde de chaos ou le pessimisme domine. Ce point obscur à une quête si chère au réalisateur permet avant tout un épilogue (sans doute plus convaincant qu’un point
d’interrogation, récurrent et malvenu dans ce genre de film). Disorder sert donc à faire le testament d’Arakard et illustrer cette étude par une recherche visuelle et musicale variée. Le
film tire un trait sur le cinéma amateur et entre de plein pied dans le cinéma expérimental, avec toute la complexité scénaristique et toute la beauté esthétique que cela implique. Le
réalisateur a dès lors trouvé sa voie, et promet de bien belles incursions dans son monde dépravé et unique en son genre. Le spectateur, quant à lui, aura tout loisir de saisir le film à
sa façon, Disorder laissant dans ses images aux apparences complexes une grande liberté de compréhension.

Pour tout renseignements ou pour se procurer une copie du film: jacquetrick@hotmail.fr
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